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Monde arabe

Monde arabe

Pierre PICCININ da PRATA (Historien - Politologue)

Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
ISLAM - L'interview qui dérange !!!

ÉTAT ISLAMIQUE – Entretien exceptionnel (3/3) – « Pour Dieu et pour Raqqa ! » (Le Courrier du Maghreb et de l'Orient - Novembre-Décembre 2017)

 

Le politiquement correct qui prévaut dans le courant médiatique dominant n’a laissé que peu d’espace d’expression (voire aucun) aux partisans de l’État islamique (EI), auquel l’Occident a déclaré la guerre en août 2014.

La rédaction du Courrier du Maghreb et de l’Orient a toujours estimé qu’il était non seulement utile et nécessaire à l’information de ses lecteurs, mais également déontologiquement impératif de donner la parole aux Salafistes adeptes du djihad armé et supporteurs de l’EI. Notre reporter Pierre Piccinin da Prata avait à l’époque rencontré des partisans de la cause djihadiste, à Paris et à Bruxelles, ainsi qu’un imam d’obédience salafiste, lesquels avaient eu l’opportunité d’exprimer leur point de vue sur les événements et d’exposer librement leurs motivations.

À l’heure où les derniers bastions du Califat ont été reconquis en Syrie et en Irak, le CMO a donc choisi de diffuser l’interview d’un combattant de l’État islamique, contacté par notre envoyé spécial et rencontré dans la bourgade d’Hawi al-Hawa, dans la région de Raqqa.

Parti d’Europe pour la Syrie à la fin de l’année 2012, Ismail a d’abord combattu dans les rangs de Jabhet al-Nosra (la branche syrienne d’al-Qaeda), avant de rejoindre l’État islamique au printemps 2014.

Cet entretien, réalisé en août 2017, a été rendu possible grâce à la coopération de proches du djihadiste, lesquels ont régulièrement communiqué avec ce dernier. Pour des raisons évidentes de protection des sources, les noms des personnes impliquées ne sont pas révélés dans l’interview ; les détails et les lieux relatifs à la préparation de cet entretien ne seront pas non plus mentionnés.

La rédaction tient à préciser que son envoyé spécial n’a pas pénétré le territoire encore sous le contrôle de l’EI. L’extrême porosité de la ligne de front a en revanche permis à Ismail de le rejoindre à Hawi al-Hawa, zone déjà libérée par les Forces démocratiques syriennes (FDS – majoritairement kurdes).

Les première et deuxième parties de cet entretien exceptionnel ont été publiées dans les éditions de juillet-août et septembre-octobre 2017 du Courrier du Maghreb et de l’Orient.

 

Pierre PICCININ da PRATA – Maintenant que tu as expliqué l’approche que vous, les combattants de l’État islamique, vous avez de l’Islam, je voudrais te poser quelques questions sur ce que, en fin de compte, tout le monde ignore : comment vit-on dans le Califat ? Mais, tout d’abord, quelle fonction exerces-tu exactement dans l’armée de l’EI ? Quelles sont tes tâches quotidiennes ?

Ismail – J’ai principalement été affecté à l’entraînement des nouveaux arrivants. Avant de les envoyer combattre les ennemis de l’Islam, nous donnons une formation très poussée à nos frères qui nous rejoignent pour le djihad.

Mon rôle, c’était de leur apprendre à se familiariser avec les armes, d’utiliser et d’entretenir correctement une kalachnikov, par exemple. Puis, aussi, de les habituer à ce qu’ils allaient trouver lors des combats, ce à quoi ils allaient être exposés, comme les tirs, le bruit des explosions… On s’entraîne avec des tirs réels ; on répète l’entraînement, encore et encore, jusqu’à ce que tout cela ne constitue finalement plus qu’une sorte de routine… Bien sûr, j’ai aussi combattu, sur le front. J’ai combattu à Kobanê, et dans d’autres lieux… Il n’y a pas de planqué, dans nos rangs : tout le monde participe à l’effort, tout le monde combat.

PPdP – Autre petite question préalable : les étrangers sont-ils nombreux dans vos rangs ? Quelle proportion d’Européens par rapport aux autochtones ?

Ismail – Il n’y a pas « d’étrangers »… Nous sommes tous des citoyens de l’État islamique. Nous faisons tous partir de l’Oumma… La communauté des croyants.

Mais je comprends ce que tu veux dire, et je te réponds franchement : quand j’entends ce que prétendent les médias occidentaux ou russes, j’ai l’impression qu’ils veulent faire croire que tous les combattants de l’État islamique sont des « fanatiques » venus d’Europe ou d’Amérique, ou de Tchétchénie… C’est complètement faux. La majorité de nos combattants sont des Arabes : des Syriens, des Irakiens, issus des populations locales qui nous soutiennent… Des personnes venues du Maghreb… Je ne sais pas exactement quelle proportion de combattants venus d’Europe ou des États-Unis sont ici avec nous, mais c’est clairement moins de 10%.

PPdP – Toi-même, comment as-tu été recruté, pour faire le djihad en Syrie ?

Ismail – Recruté ? Je n’ai pas été « recruté ». J’ai choisi de partir, seul, sans même que personne ne me le suggère. C’était mon devoir de Musulman : le Coran est explicite, il n’y a pas à tergiverser ; c’est évident !

Cette histoire de « recrutement », c’est encore de la propagande occidentale contre l’État islamique.

Oui, bien sûr… Il y a des filières pour faciliter les démarches de ceux qui veulent nous rejoindre, pour le djihad, pour l’Islam. Mais on ne lave pas le cerveau des gens, on ne les piège pas : ceux qui sont ici, c’est parce qu’ils savent que c’est leur devoir de Musulmans, et ils sont ici volontairement. Et s’ils veulent repartir, on ne les en empêche pas, ils sont libres ; ça, c’est encore des mensonges de la propagande occidentale. D’ailleurs, certains repartent en Europe ou dans leur famille au Maghreb, puis ils reviennent ici pour reprendre le combat.

Dans mon cas, j’ai beaucoup prié, réfléchi… Quand j’ai été décidé, ça a été facile… On savait tous, à la mosquée, à qui il fallait s’adresser. Pour avoir les contacts… J’ai pu rencontrer un frère, on a parlé quelques fois ensemble, et très vite il m’a dit où je devais aller et qui appeler une fois sur place…

PPdP – Lorsque tu as pris cette décision, tu en as parlé à des proches ? Des amis ? Tes parents ? Comment ont-il réagi ?

Ismail – Je m’en suis ouvert uniquement à deux amis ; deux personnes de confiance qui pouvaient me comprendre et savaient de quoi il retournait. Je veux dire qu’ils connaissent l’Islam, l’Islam véritable, et savent que le Coran ordonne aux Musulmans de combattre pour le défendre. Ce sont deux amis qui n’allaient pas me trahir.

Ils ont essayé de me dissuader, parce qu’ils ne sont pas très impliqués par rapport à l’Islam. Ils sont Musulmans tous les deux, mais… Ils n’y croient pas vraiment… On a beaucoup discuté ; on a relu les versets du Coran qui ordonnent le djihad… Ils ont bien dû admettre que j’étais dans le droit chemin de l’Islam, mais, eux, ils n’ont pas eu la foi nécessaire pour le suivre. Alors, ils m’ont laissé partir.

Mes parents, en revanche… Non, je ne leur en ai pas parlé. Ils auraient tout fait pour m’empêcher de partir… Ils sont musulmans, mais peu pratiquants… Comme beaucoup de Musulmans en Europe, qui ne croient plus vraiment en Dieu et évitent de trop réfléchir à leur religion… Par crainte de se rendre compte que leur comportement est contraire à l’Islam.

Après mon départ, je les ai appelés… Ils n’ont pas tout de suite compris ce que je faisais… Mais on est resté en contact. Je leur ai expliqué que ce qui se passait ici n’avait pas grand-chose à voir avec ce que la presse et les gens disent en Occident, et que nous ne sommes pas des « monstres ». Ils ont compris…

PPdP – Et ils sont donc désormais d’accord avec ta démarche ?

Ismail – Je ne dis pas qu’ils m’encouragent… Non… Et bien sûr, ma mère, ma mère surtout, elle est inquiète pour moi… Comme, je suppose, le sont toutes les mères qui savent leur fils à la guerre… Mais elle a compris. Mon père aussi. Ils savent que je me conforme au Coran, à notre religion, et ils n’écoutent plus les dévoyés qui se cachent derrière le mensonge généralisé pour nous traiter de « monstres » et de « fous ».

Mon père est venu me voir, une seule fois… Ce n’est pas facile de passer la frontière turque ; c’était assez simple au début, mais plus maintenant… Il a pu se rendre compte de la manière dont nous vivons ici : on n’égorge pas les gens comme on le dit à la télévision française, on ne mange pas les bébés et on ne viole pas les femmes...

 

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